Avec le temps j’oublie l’autre rive
J’oublie cette main tendue pour une autre
L’eau cristalline n’est qu’un leurre
Le fleuve qui reflète de belles images
Est plein de profonds tourbillons noirs
Qui cachent des abîmes en mouvement
Avec les mois qui passent je prends racine
Du fond de mon cœur anesthésié depuis lors
Surgissent autant de clameurs pour tout effacer
Je manifeste mon désir de rompre les digues
De donner à mon sang la sève de la continuité
Permettre à mes membres la puissance d’antan
Remettre et corriger le parchemin de l’errance
Je vis d’instabilité comme un ciel d’automne
Des arbres qui meurent debout tous décharnés
Des arbres qui changent de couleurs au fil des jours
Je ressemble aux uns comme aux autres, je persiste
Je relève la tête haute, vis avec mon indifférence
Du calepin de voyage j’enlève plusieurs noms
J’y mets d’autres en attendant l’éclosion finale
On ne vit pas de mots sans respirer leurs parfums
On ne boit pas de paroles qui s’envolent avec l’éther
De la glace des jours les beaux souvenirs s’étiolent
Comme s’effacent de ma mémoire ce qui est éphémère
Je ne crois plus comme avant à la vue de la pleine lune
De toute sa clarté éternelle elle est devenue dépoétisée
Même les étoiles que je scrutais de mon isolement
Me semblent de plus en plus enfouies dans la poussière
Je peux dire que je remets sur le visage le voile froissé
Que je cache autant de joies, d’amours, de messages…
Du timbre de ma voix silencieuse je perds l’accent
Et mes lèvres exsangues balbutient contre la paroi
En ruminant quotidiennement toujours les mêmes refrains
Je ne sais plus où me mène ma propre et froide destinée
Ma monture est épuisée à force de galoper le clos espace
Parcourir difficilement les endroits habituels et caillouteux
Suivre à la trace les méandres de mon fleuve sauvage
S’accrocher aux ailes des contingents d’oiseaux migrateurs…
De l’autre rive ne me parvient plus ni la brise, ni son écho
Le parfum de l’envoûtement s’éclipse brusquement
Et la plume crie au tarissement de la source des écrits
Je chevauche de nouveau les flancs rugueux de la solitude
Mes mains renouent avec les rênes délaissés sur la selle
De l’arbre à palabre arrosé des larmes des années
Les mille et une feuilles de l’amitié se fanent et tombent…
Muse, sirène océanique, mes rimes lyriques s’estompent
L’eau stagnante vit d’évaporation, moi de mes jours écoulés
Peut -être je suis sous l’effet d’un étrange coucher du soleil
Ou encore mon extravagante âme est prise par sa folie
De voyager seule, librement, dans l’éternelle… galaxie


Samedi 1 Septembre 2001


© Kacem Loubay - Khenifra (Maroc)

 

 

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